Construire la ville autrement : infrastructures urbaines et cohabitation avec la faune sauvage

26 janvier 2026

Comprendre les enjeux d’une cohabitation indispensable

À mesure que nos villes s’étendent, la question de la place laissée à la faune sauvage devient urgente. Les animaux sauvages – hérissons, renards, oiseaux, chauves-souris, écureuils et une multitude d’autres espèces – continuent de vivre à nos côtés, même en plein centre urbain. Selon l’agence française de la biodiversité, la moitié des espèces d’oiseaux observées en France sont présentes en milieu urbain (OFB). Pourtant, l’urbanisation rapide fragmente leurs habitats, complique leurs déplacements et met leur survie en danger. Il devient donc essentiel de penser des infrastructures permettant la cohabitation, tout en garantissant la sécurité des humains et des animaux.

Les corridors écologiques : reconnecter les espaces naturels en ville

Parmi les infrastructures les plus efficaces pour la faune, les corridors écologiques se distinguent. Ces passages verts – véritables "autoroutes pour animaux" – permettent aux espèces de circuler entre différentes zones vitales sans être coupées par des routes, des murs ou des constructions. Ils jouent un rôle primordial dans la continuité écologique en ville.

  • Exemple concret : La ville de Strasbourg a mis en place une trame verte et bleue qui relie parcs, berges et friches pour les oiseaux, amphibiens et petits mammifères (Strasbourg.eu).
  • Ces stratégies réduisent de 70 % le taux de mortalité routière des hérissons selon l’ASPAS (ASPAS).
  • Un corridor peut être simple (haie, alignement d’arbres) ou plus complexe (passage surélevé, tunnel sous route, etc.).

À Nice, un exemple marquant est le réaménagement des berges du Paillon, qui facilitent à la fois le passage des oiseaux et des chauves-souris, tout en offrant un espace de détente aux habitants.

Les passages à faune : tunnels, écoducs et ponts végétalisés

Les routes sont souvent des barrières mortelles pour la petite faune. Pour y remédier, des passages à faune sont aménagés :

  • Tunnels à amphibiens : En région PACA, des tunnels sous routes permettent chaque printemps la migration en sécurité des grenouilles et crapauds. L’installation à Biot, près de Nice, a permis de sauver plus de 80 % des individus initialement menacés par le trafic (source : Ville de Biot).
  • Écoducs : Ces ponts verts, couverts de végétation, permettent notamment le passage des chevreuils, sangliers et autres animaux de taille moyenne ; ils commencent à apparaître dans les projets métropolitains autour de Bordeaux, Lyon et Paris.
  • Passages à hérissons : Plus modestes, ce sont des petits tunnels creusés sous les clôtures ou routes secondaires. Ils sont déjà installés à Marseille et dans certains quartiers de Nice, permettant à cette espèce, en déclin de 30 % en 10 ans (Muséum national d’Histoire naturelle), de survivre en zone urbaine.

La végétalisation urbaine : un atout pour la biodiversité

L’intégration de la nature en ville est un levier puissant pour la faune sauvage :

  1. Toits et façades végétalisés :
    • Les « murs vivants » deviennent des refuges pour les pollinisateurs, oiseaux et petits mammifères. À Paris, la toiture végétalisée de l’école Buffon accueille désormais trois espèces d’oiseaux nicheurs contre aucune auparavant.
  2. Prairies urbaines et zones enherbées :
    • Opposées aux pelouses rases et stériles, ces espaces accueillent papillons, sauterelles, abeilles et offrent un garde-manger pour les chauves-souris.
    • À Montpellier, le maintien volontaire de prairies fleuries en bord de voirie a augmenté de 40 % la population d’abeilles sauvages (source : Observatoire des pollinisateurs, 2021).
  3. Parcs urbains repensés :
    • Créer des zones laissées en friche, favoriser les mares, installer des nichoirs et hôtels à insectes, multiplier les arbres morts (pour les pics et chauves-souris)... Autant de gestes qui font la différence.

Gestion de l’éclairage public : lutter contre la pollution lumineuse

Un aspect souvent négligé de la cohabitation est la pollution lumineuse, qui désoriente de nombreuses espèces nocturnes (chauves-souris, rapaces, insectes, grenouilles). Or, 83 % des populations européennes vivent sous un ciel nocturne pollué (source : Agence spatiale européenne).

  • Réduire l’intensité lumineuse la nuit (passer à 50 % de la puissance entre minuit et 5h en zone résidentielle).
  • Installer des lampadaires à lumière chaude et dirigée uniquement vers le sol.
  • Tester des zones « noires » ou « trames noires », où l’éclairage est complètement coupé pour permettre le passage de la faune nocturne (expérimentation à Lille et à Toulouse).

À Villeneuve-Loubet, une extinction partielle de l'éclairage public a permis le retour des chauves-souris, dont la population a augmenté de 25 % en deux ans (association Groupe Chiroptères de Provence).

Réinventer la place de l’eau dans la ville

Les milieux aquatiques – rivières, ruisseaux, étangs, mares – résistent mal à l'urbanisation : imperméabilisation des sols, canalisations, bétonisation des berges empêchent la libre circulation et la vie aquatique.

  • Renaturation des berges : À Nice, la restauration du Paillon – transformation d’une autoroute couverte en une coulée verte – a permis le retour de colverts, martin-pêcheurs, grenouilles et libellules.
  • Mares urbaines : Même de petite taille, elles servent d’abris à de nombreux amphibiens, libellules, et d'abreuvoir à toute la faune environnante.
  • Fontaines naturelles : Leur conception doit permettre l’accès aux animaux (poses de rampes anti-noyade pour les hérissons, abreuvoirs intégrés pour les oiseaux).

Gérer les déchets et limiter les risques

La gestion des déchets a un impact direct sur la faune sauvage urbaine. Bacs à ordures non fermés, restes alimentaires, déchets plastiques sont des pièges mortels (étouffement, empoisonnement, blessures).

  • Privilégier des poubelles fermées anti-animaux.
  • Installer des zones de compostage sécurisé, loin des axes passants.
  • Informer et sensibiliser les habitants à l’impact des déchets sur les animaux sauvages (campagnes d’affichage à Nice et Marseille).

Adapter les clôtures et bâtis : laisser passer la vie

Les clôtures opaques et les murs fermés sont des pièges pour la petite faune (hérissons, lézards, crapauds). Il existe des solutions simples :

  • Laisser une ouverture de 13 x 13 cm au pied des barrières pour le passage des hérissons (directive appliquée dans plusieurs lotissements britanniques depuis 2019, source : Hedgehog Street).
  • Préférer des clôtures ajourées (permettant la circulation des petits animaux tout en protégeant les jardins).
  • Intégrer des "pierres à lézards" ou des tas de bois dans les jardins publics et privés.

Sensibilisation, implication citoyenne et retours d’expérience

Aucune infrastructure ne voit le jour sans acceptation sociale. De nombreuses réussites passent par la concertation et la sensibilisation. Parmi les outils efficaces :

  • Signalisations pour automobilistes (panneaux « Passage à hérissons », campagnes locales à Antibes, Sophia-Antipolis...)
  • Ateliers citoyens de pose de nichoirs, hôtels à insectes, plantations collectives (programmes animés par la LPO ou la Métropole Nice Côte d’Azur).
  • Recensement participatif des espèces : la plateforme faune-paca.org recense plus de 3500 observations d'espèces sauvages en ville grâce à la mobilisation citoyenne.

De premiers bilans encourageants et des pistes pour l’avenir

À l’échelle du territoire niçois, les premiers résultats sont là : retour de certains papillons dans les parcs, augmentation du nombre d’observations de hérissons, renforcement de la présence des oiseaux en hiver. Mais le mouvement reste à amplifier en misant sur :

  • L’adoption systématique des « trames vertes et bleues » dans la planification urbaine.
  • L’élargissement des passages à faune aux infrastructures secondaires (ronds-points, voies cyclables, parkings…).
  • Une meilleure intégration des questions de biodiversité dans la rénovation de l’ancien bâti.
  • Une implication et une écoute accrues des habitants, véritables sentinelles de cette cohabitation harmonieuse.

En transformant la ville pour la rendre amie des animaux sauvages, on améliore aussi la qualité de vie humaine, le bien-être et la résilience face aux dérèglements climatiques. Tous ces gestes, petites ou grandes infrastructures, dessinent une ville du futur où chacun, humain comme animal, trouve enfin sa juste place.

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